Aller au contenu principal

La gratuité des transports publics et son efficacité

Contenu de la page

Depuis le 1er septembre, les bus sont gratuits à Dunkerque. Cette mesure n’est pas nouvelle, Colomiers  ayant adopté le « tout gratuit » en 1971 et 30 villes françaises depuis. Dunkerque est aujourd’hui la plus grande intercommunalité à appliquer le principe (Dunkerque grand littoral regroupe 17 communes et administre 199 893 habitants). 

L’historique de la gratuité des transports en France

Baisse des émissions de co2, désengorgement des axes routiers, suppression des coûts liés aux systèmes de billets et de contrôles contre la fraude, nombreuses sont les raisons qui poussent certaines collectivités à réfléchir à la gratuité des transports. Ci dessous la carte des villes ayant déjà adopté le tout gratuit.

 

 

carte

 

Les transports gratuits sont-ils vraiment gratuits ? 

 

La première question qui peut venir à l’esprit lorsqu’on évoque le sujet des transports gratuits est : qui finance cette gratuité ? Ce qu’il faut savoir, c’est qu’en moyenne, l’usager paie 18 % du coût réel des transports (recettes des billets),  le reste étant réparti entre les taxes locales aux entreprises, les impôts locaux et les revenus publicitaires

Par exemple pour Niort, comme le soulignait Jérôme Béloge, maire de la ville depuis 2014 «C’est parti d’un constat : les transports collectifs ne sont pas pleins et les recettes de billetterie ne représentent que 10% du coût du réseau » 

Les 90% restants, jusqu’ici, étaient assumés par les entreprises (taxe calculée par rapport à leur masse salariale).

«La taxe, qui n’est pas plus haute que la moyenne, suffit en fait au financement. Et maintenant, les entreprises n’ont plus à payer la moitié du coût des transports aux salariés»

 

Quels sont les nouveaux usagers des transports gratuits ? 

 

La Fédération nationale des associations d’usagers des transports (Fnaut) ou encore l’Union des transports publics (UTP) estiment que la gratuité attirent avant tout des piétons et des cyclistes et non des automobilistes. La question des bienfaits sur l’environnement semblerait donc remise en question si l’on en croit ces acteurs. 

Cela dépend des villes en réalité. A Châteauroux par exemple, Bruno Cordier, expert des politiques alternatives de déplacement expliquait à Libération «Ce qui ressort, c’est que la moitié des nouveaux usagers viennent de la voiture». Il précisait cependant que «pour les gens qui ont des habitudes ancrées, c’est plus compliqué»

A Dunkerque qui expérimentait jusqu’à début septembre les transports gratuits le weekend, Maxime Huré, chercheur à l’Université de Perpignan observait quant à lui  «un double public» : «Il y a des familles qui veulent éviter la contrainte du stationnement et des gens en très grande précarité et isolés qui n’auraient pas pris les transports sinon » 

Pas d’impacts positifs significatifs  sur l’environnement pour certains, amenant de nouveaux publics pour d’autres, la question reste posée. Dunkerque pourra notamment dresser un bilan de son tout gratuit dans quelques mois pour éclaircir davantage cette question. 

 

De l’accompagnement au changement pour les plus réticents ? 

 

Pas toujours facile donc pour certains conducteurs d’abandonner leur voiture pour se rabattre sur les transports en commun (même gratuit). 

Pour un changement moins brutal pour certains, le covoiturage semble être un entre deux intéressant pour faire évoluer les habitudes des autosolistes: Moins de pollution, plus de lien social, moins de trafic, les avantages du covoiturage sont nombreux. 

Oui mais le développement du covoiturage courte distance ne se fait pas tout seul. Les routines sont difficiles à faire évoluer et les à aprioris sur une pratique freinent les usages.  Nous l’évoquions dans un précédent article, 4 leviers sont essentiels à la bonne conduite du changement d’habitude chez les conducteurs : 

•    Des actions d’animation pour sensibiliser et fidéliser 
•    Une plateforme efficace de mise en relation entre usagers 
•    La mise en place d’infrastructures permettant de faciliter le covoiturage  
•    L’évaluation  

Interdépendantes, ces bonnes pratiques portent d’ores et déjà leurs fruits dans de nombreuses villes de l’hexagone (Ex : Lyon qui a déjà réduit de 16 % les émissions de gaz à effet de serre depuis 15 ans grâce notamment au covoiturage)

 

Le covoiturage comme transport en commun à part entière ? 

 

Certaines agglomérations croient énormément à une complémentarité forte entre le covoiturage et les transports en commun.

Plusieurs finalités sont possibles. La première consiste à utiliser le covoiturage dans une logique de dernier kilomètre, pour acheminer les usagers vers le réseau de transport le plus proche, bus, tramway ou train de banlieue (commune des Molières)

Autre option : créer des lignes de covoiturage fonctionnant comme des lignes de transport en commun, avec des lieux de prise en charge ou de dépose prédéfinis. Le groupe de transport public Transdev, contrôlé par la Caisse des Dépôts, a lancé des expérimentations sur ce modèle à Avignon, Auxerre et Beauvais, en partenariat avec une jeune pousse baptisée « La Roue verte ».

Et pour aller plus loin, les covoitureurs pourraient même bénéficier d’une gratuité partielle ou totale sur leurs billets de bus, métro, etc…
Des expérimentations qui demande donc des aménagements pour faciliter ce réseau « hybride » de transports en commun.

Pour financer une partie de ces aménagements mais aussi des transports en commun, des péages urbains pourraient être mis en place (à l’étude pour la ville de Paris et les agglomérations de plus de 300 000 habitants dans le cadre du Grenelle II)


BD

Sources :
https://www.latribune.fr/regions/smart-cities/la-gratuite-des-transports-publics-quelle-efficacite-772500.html
https://www.francetvinfo.fr/monde/environnement/tallinn-la-capitale-europeenne-ou-les-transports-publics-sont-gratuits_2625376.html
https://www.monde-diplomatique.fr/2012/10/DOUMAYROU/48294
http://www.liberation.fr/france/2017/09/06/la-gratuite-des-transports-en-commun-un-modele-efficace_1594309
https://utp.fr/system/files/Publications/Axiales2004_Impact_Gratuit_TP_Rapport_Predit.pdf
https://www.lesechos.fr/12/04/2017/LesEchos/22424-058-ECH_le-transport-public-veut-faire-du-covoiturage-un-allie.htm 
https://www.franceinter.fr/societe/la-gratuite-des-transports-en-commun-dans-les-grandes-villes-est-elle-possible
https://www.capital.fr/polemik/et-si-on-rendait-les-transports-en-commun-gratuits-dunkerque-paris-1242756
http://www.chroniques-cartographiques.fr/2018/03/carte-de-france-des-villes-avec-transports-en-commun-gratuits.html
https://www.publicsenat.fr/article/societe/gratuite-des-transports-en-commun-est-ce-viable-84085 
https://www.la-croix.com/Economie/Monde/transports-gratuits-ville-font-debat-Allemagne-2018-02-14-1200913818 
https://met.grandlyon.com/16-demissions-de-gaz-a-effet-de-serre-en-moins-dans-la-metropole-de-lyon/