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Covoiturage du quotidien, quand les incitatifs financiers s'arrêtent ...

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Fin 2017,  Île-de-France Mobilités  lançait une expérimentation : Inciter financièrement le covoiturage du quotidien en instaurant une « prime covoiturage ».

Objectifs ? Assurer une meilleure visibilité et lisibilité de l’offre de covoiturage existante, attirer d’autres profils de voyageurs (conducteurs, public n’utilisant pas les transports en commun pour des raisons financières)

L’expérimentation vise également à impulser une nouvelle mobilité dans les habitudes de déplacements quotidiennes des Franciliens par des incitations financières, permettant d’augmenter la densité d’offre de mobilité, en particulier en grande couronne.

Les moyens ? La collectivité apportait une aide financière au covoiturage, versée aux plateformes dédiées. Les opérateurs devant utiliser alors  leur subvention soit pour bonifier la rétribution du conducteur, soit pour diminuer le prix supporté par le passager. L’aide par trajet imposée était de 2€, pour une enveloppe globale de la part d’Ile de France Mobilité, pour une année, de 850 000€.

Retour sur expérience ? On peut se demander si cette expérience a permis d’atteindre son objectif de « recrutement de nouveaux adeptes du covoiturage ». 

 

Quand fin de l’incitatif financier rime avec fin de la pratique.

 

Julien Honnart, PDG de Klaxit estime que  :  « L'incitation financière est un prérequis pour le développement du covoiturage courte distance», Frédérique Ville, directrice générale d'IDvroom ajoute que  « L'opération a contribué à instaurer un réflexe et une certaine notoriété".

Néanmoins, les comportements des usagers, après la fin de l'opération, ne semblent pas s'inscrire dans une dynamique durable. 

En effet, l'opération « financement » semble avoir eu de telles conséquences sur le comportement des utilisateurs que les opérateurs eux-mêmes poursuivent l’expérimentation sur leurs propres deniers en continuant le financement du trajet à 2€. 

Comme Julien Honnart le précise dans  le Journal Du Net ce mercredi 19 décembre « Nous avons essayé d'arrêter les subventions sur d'autres marchés, l'usage s'est effondré» .

 

Notre point de vue

 

L’association éhop, activateur des covoiturages du quotidien accompagne les salariés et habitants du grand Ouest à adopter ce nouvel usage de la voiture de manière régulière avec comme valeurs : La convivialité, la solidarité, la proximité.

Cette expérimentation réalisée en Ille-de-France montre les limites d’une incitation financière ponctuelle. Chez éhop, nous sommes persuadés que l’incitation financière n’est pas un levier de changement de comportement durable, preuve en est faite.

Nous nous questionnons sur l’effet d’aubaine que peut produire une telle incitation. En effet, quels ont été les bénéficiaires de cette « manne financière » ? Des salariés qui covoituraient déjà et qui se sont simplement « déclarés » pour bénéficier de la prime covoiturage ? 360 000 trajets réalisés lors de cette année d’expérimentation, mais combien de bénéficiaires rééls ?

Si on imagine  qu’un équipage de covoiturage, majoritairement composé de 2 personnes, réalisait 2 jours de covoiturage hebdomadaire (une moyenne), soit 4 trajets, sur 40 semaines de travailon arrive à 2 250 utilisateurs…. Et oui, un salarié à temps plein fait en moyenne 400 trajets domicile-travail par an, le compteur monte vite !

Nous pouvons nous demander si des autosolistes ont changé leurs habitudes et laissé leur volant pour devenir passager d’un covoiturage ou si les nouveaux covoitureurs sont des passagers des transports en commun qui ont préféré utilisé le covoiturage

Face à la prime covoiturage, nous préférons mettre en œuvre des actions qui vont changer durablement les habitudes en modifiant les représentations des personnes sur le covoiturage.

Parmi ces actions, nous pouvons par exemple organiser des défis, en liens avec les collectivités et les employeurs, en prenant chaque salarié par la main et aider la constitution d’équipages qui vont tester la pratique pendant un mois par exemple. L’aspect ludique, le sentiment de ne pas s’engager sur du long terme, la démarche collective ou encore la possibilité de mettre un terme à l’essai quand ils le souhaitent permet aux personnes de tester le covoiturage en toute liberté.

 

Ce type de projet demande beaucoup de temps « humain » mais quasi « zéro finance » et présente de très bons résultats : 99% des covoitureurs-testeurs poursuivent la pratique à l’issue du défi.

 

Albane Durand